(in French) De faux diagnostics pour obtenir des services

Des pédiatres se contraignent à poser de faux diagnostics pour que les enfants atteints du trouble du spectre de l’alcoolisation fœtale (TSAF) obtiennent un minimum de services au Québec.

Selon le plus récent avis public émis par la Direction nationale de la santé publique du Québec (2016), 4 % des naissances seraient affectées par le TSAF.

Pourtant, au Québec, selon tous les intervenants contactés par Le Journal, aucun service spécifique n’est offert aux personnes souffrant de ce trouble.

C’est l’absence d’un tel service qui convainc des professionnels de la santé de ne pas reconnaître le TSAF pour plutôt diagnostiquer un trouble du spectre de l’autisme (TSA) ou même un trouble de déficit de l’attention et hyperactivité.

Ce faisant, les enfants obtiennent davantage de services avec ces troubles qui peuvent s’apparenter au TSAF, par ses symptômes.

« Parfois, on va poser des diagnostics en fonction de l’aide dont le jeune a besoin. Pour obtenir des services d’accompagnement dans une école, par exemple, auxquels [les personnes atteintes du TSAF] n’auraient pas accès », a indiqué la pédiatre à l’Hôtel-Dieu de Lévis Valérie Labbé.

« Pas surprenant »

Le pédiatre au Centre Hospitalier Beauce-Etchemin, Pierre-C. Poulin, abonde dans le même sens.

« Ce n’est pas surprenant. Le diagnostic de trouble de l’autisme permet d’obtenir plusieurs services, comme l’intervention intensive avec un éducateur. Sans compter l’aide substantielle obtenue à l’école. »

De plus, comme les traits faciaux caractéristiques du TSAF ne sont présents que dans 20 % des cas, son dépistage est loin d’être aisé au Québec. Sans parler de l’absence de clinique spécialisée dans ce domaine dans la province.

« Il y en a pourtant 46 dans le reste du Canada », a déploré Louise Loubier-Morin, mère adoptive d’une femme atteinte du TSAF et directrice du SAFERA, un organisme de prévention du syndrome de l’alcoolisation fœtale.

« Ça fait 20 ans qu’on essaie de rentrer au ministère de la Santé et des Services sociaux pour leur demander de se pencher sur la question, et il n’y a rien qui se fait. » (Lire plus…)


Republication d’Actualité Santé, par Jérémy Bernier, le 21 octobre 2019